Gnamien Konan, DG des Douanes à propos de la présidentielle : “OUI, JE SUIS CANDIDAT À LA CANDIDATURE”



Le D.G des Douanes, col-major Gnamien Konan, brigue la magistrature suprême et annonce ses ambitions.


M. le directeur général des Douanes, vous distribuez des calendriers sur lesquels vous invitez les hommes politiques à agir comme s’ils faisaient un culte à Dieu. N’avez-vous pas peur d’être pris pour un illuminé?


Non, je n’en ai pas peur. Un illuminé, c’est quelqu’un qui est éclairé et inspiré par Dieu. Oui, je pense profondément ce que j’ai écrit. “Lorsque les hommes politiques gouverneront leur nation comme s’ils rendaient un culte à Dieu, alors s’ouvrira pour toute l’humanité le chemin qui mène à la véritable prospérité. Le temps est venu où il est urgent que ces choses s’accomplissent”. C’est ça qui est la vérité. La vérité, c’est Dieu qui nous donne la vie et l’intelligence. Il nous a créés selon ses désirs pour faire sa volonté, à savoir édifier sur terre le paradis et non faire n’importe quoi. Aujourd’hui, c’est la communauté scientifique qui l’affirme. Le gaspillage égoïste des ressources naturelles a conduit l’humanité dans une impasse en hypothéquant la vie même des générations futures. Cette surexploitation immorale a détruit l’environnement et l’écosystème, déréglé l’équilibre climatique indispensable à la vie sur terre. Celui qui l’ignore n’est plus digne de faire de la politique. Nicolas Sarkozy a beau être un libéral, un capitaliste, le premier forum qu’il organise, c’est le grenelle de l’environnement. Ah ! on parle enfin de développement durable ! C’est ça gouverner son pays comme si l’on rendait un culte à Dieu.

Pourquoi voulez-vous entrer en politique maintenant?

Je ne surprendrais personne si je vous disais que c’est pour servir mon pays à un autre niveau. Mais surtout je veux lui offrir d’autres alternatives. Alternatives de paix et de modernisation. Enfin, je ressens un besoin inexplicable et inconnu d’entrer en politique. Et je pense que ce n’est ni trop tôt ni trop tard. Avoir l’expérience de la gestion publique, ne pas avoir l’âge d’un retraité sont nécessaires. Si les générations précédentes ont gagné ou mené le combat de l’indépendance et la démocratie, c’est à nous qu’il revient l’honneur et le devoir de mener celui de la modernisation et du développement économique.

A partir de quel moment avez-vous senti ce besoin de faire la politique?

Je ne saurais vous le dire avec exactitude. Je sais seulement que ce besoin était tellement fort qu’il m’empêchait de raisonner. C’était comme une force qui me poussait.

L’expérience a montré que les technocrates qui se sont essayés à la politique n’ont pas toujours connu le sort qu’ils souhaitaient. N’avez-vous aucune crainte?

Je n’ai aucune crainte pour ce projet. Ni crainte de gagner, ni crainte de perdre. Je veux juste apporter notre contribution au débat politique en Côte d’Ivoire. Je veux juste apporter ma pierre à la construction nationale. Les électeurs vont décider le moment venu. Leur décision me conviendra parfaitement. C’est en toute sérénité que je vais solliciter leurs suffrages.

Peu importe le résultat que vous obtiendrez?

Oui. Vous savez, la crise que nous vivons tire son essence du fait que personne ne veut perdre, tout le monde veut s’asseoir dans le fauteuil présidentiel au même moment. Or on nous a dit que ce n’était pas un banc. Il faut donc savoir accepter de perdre.

Sous quelle bannière vous présentez vous? Et pourquoi visez-vous directement la présidence de la République?

Indépendant. Je serai le candidat de la société civile. Et pourquoi ne pas viser là où on peut réellement changer les choses ? Il faut que l’on dédramatise les candidatures à la Présidence de la République. Il y a d’anciens candidats qui n’avaient pas grand-chose à m’envier qui sont encore vivants et vaquent tranquillement à leurs occupations.

Pourtant votre candidature est présentée comme le cheval de Troie du Président Laurent Gbagbo dans le V baoulé.

Le cheval de Troie de M. Gbagbo dans le V baoulé. Voilà les vieux réflexes tribalistes. Je vise les voix de tous les Ivoiriens qui aspirent au changement maintenant. Je ne vise ni les voix du PDCI, ni celles du RDR, ni celles du FPI. Je me présenterai pour donner un espoir à la jeunesse laborieuse, celle qui ne croit pas à la facilité et à la fatalité.

Dans ce cas, ne pensez-vous pas que votre candidature contre M. Gbagbo soit perçue comme une trahison, d’autant que vous dites vous-même qu’il a fait beaucoup pour vous?

Je les entends qui hurlent déjà : “Au traître, à la trahison”. Ils révisent leur plan anti-Gnamien, ils affûtent leurs armes. Bientôt la responsabilité administrative non prouvée va se transformer en culpabilité criminelle avérée. Les 4500 milliards de FCFA versés dans les caisses du trésor public se transformeront en 450 mille milliards détournés. Vous verrez toutes ces choses dirigées contre moi. Mais c’est Dieu qui est fort comme dit un ami. Sachez que déjà, je reçois des SMS de menace de mort. Pourtant je ne renierai jamais tout ce que le Président a fait pour moi. C’est lui qui m’a révélé aux Ivoiriens. Jean-Baptiste a baptisé Jésus. Si un jour j’étais Président de la République, il devrait de toutes les façons en tirer une légitime fierté. Ma candidature sera celle de la paix, de l’amour et de l’unité retrouvée. Toujours je pense très fort à la Côte d’Ivoire, souvent je pense très fort à l’Afrique.

D’où viennent les SMS de menace de mort que vous recevez?

Je n’ai jamais cherché à savoir leur origine. Je m’y attendais. Je les accueille avec beaucoup de sérénité, avec des fois beaucoup de pitié pour ceux qui me les envoient.

Puisque vous les attendiez, vous savez donc leurs auteurs.

Je les attendais parce que je sais que l’exercice sous nos tropiques est très périlleux. Ici, on meurt de politique. Beaucoup n’ont pas compris que faire la politique, c’est construire et non détruire.

Et vous êtes prêt à mourir pour la politique.

Il y a eu tellement de morts inutiles en Côte d’Ivoire. Si la mienne pouvait être utile, je suis prêt à la subir.

Quels sont votre stratégie et vos moyens pour vous faire élire par les Ivoiriens?

Je m’adresserai au cœur des Ivoiriens, à leur amour pour leur pays. Ils ne sont pas ces hommes cupides dont on parle, qui jugent l’homme par l’immensité de sa fortune ou par la quantité de ses promesses. Je serai le même qu’ils connaissent déjà. J’appellerai au réveil et au sursaut de toutes ces générations dont la mienne qui étaient si fières d’être ivoiriens. Qui ont tant reçu pendant toutes leurs études. Gîte, couvert, transport, argent de poche. C’est à nous à présent d’assumer notre destin. Si je ne suis pas entendu, ce sera la volonté de Dieu.

Il revient que plusieurs groupes et mouvements de soutien à votre candidature sont déjà constitués. Confirmez-vous cette information?

Il sont si nombreux les groupes de soutien. Des fois, ils me font verser des larmes de grande émotion. Nous prions avant de commencer nos réunions. Et nous voulons tous que Dieu seul soit devant et derrière.

Qui est derrière la candidature de M. Gnamien? Y a-t-il des têtes d’affiche, des Ivoiriens connus qui sont avec vous?

Nous plaçons notre démarche sous le sceau de Dieu. Pour le moment, je suis avec des jeunes, des moins jeunes. Mais il y a aussi des Ivoiriens bien connus qui sont avec nous. Mais, souffrez que je ne vous donne aucun nom. Ils se montreront le moment venu.

Dans un monde où la mondialisation gouverne, est-il vraiment encore possible de reconstruire l’Etat providence, comme vous le disiez tantôt, d’offrir le gîte et le couvert aux Ivoiriens?

Je ne sais pas ce que vous appelez l’Etat providence. Mais l’Etat a des responsabilités et des charges qu’il doit assumer. Il doit faire en sorte que la jeunesse soit éduquée et formée dans de bonnes conditions. L’Etat doit faire en sorte que son action provoque le développement et la croissance économique pour que tous ses jeunes formés trouvent du travail. Si c’est cela que vous appelez l’Etat providence, alors je dis qu’il est tout à fait possible de le reconstruire en Côte d’Ivoire. Quels que soient les effets de la mondialisation.

M. le directeur général, vous êtes colonel-major des Douanes ivoiriennes, donc vous appartenez à un corps para-militaire. Récemment, vous avez invité les syndicats des douaniers à ne pas se mettre en grève compte tenu de leur appartenance à ce corps. Puis aujourd’hui, vous annoncez votre candidature à la Présidence de la République. Cela n’est-il pas incompatible avec le poste que vous occupez?

Je n’ai rien annoncé du tout. Si, quand même, je suis candidat à la candidature. Il n’y a rien qui urge. A part le bon Dieu, personne ne connaît la date des élections. On a le temps d’aller prendre un petit café et même d’ajouter quelques milliards dans les caisses profondes du trésor public. Sérieusement, je n’ai trouvé aucune incompatibilité juridique entre le poste de directeur général des douanes et le fait d’être candidat à l’élection présidentielle. Mais il y a certainement une incompatibilité morale qui devient de plus en lourde. Je n’ai pas demandé aux syndicats de ne pas se mettre en grève. C’est leur droit. J’ai voulu dire que si j’étais l’Etat, je n’allais pas accorder le droit syndical à un corps armé dont dépend 52 % des recettes fiscales de l’Etat. Il y a des pays où la douane n’est pas syndiquée, par exemple, le Sénégal, et il y a des pays où la douane n’est pas armée, par exemple, le Japon.

Vous donnez l’image d’un homme rigoureux et intègre. Mais en même temps, on dit que vous n’êtes pas généreux. Ne pensez-vous pas que cela est un handicap à votre candidature?

Ah, bon ! Alors, c’est bien pour la démocratie. Ainsi, les Ivoiriens auront le choix entre des candidats généreux et un candidat rigoureux et intègre.

Quels rapports comptez-vous avoir avec les partis politiques tels le Pdci, le Fpi, le Rdr? Envisagez-vous des alliances avec des formations politiques?

Je n’ai pas de parti politique, du moins pour le moment. Et ils ne me prennent peut-être pas assez au sérieux pour discuter avec moi. Du reste, aucun parti politique ne m’a approché. Autant je n’ai pas trouvé utile de les approcher, parce que je ne me reconnais ni dans l’idéologie, ni dans les actions de ces partis. Voilà pourquoi je suis indépendant. Pour autant, je suis ouvert à toutes sortes d’alliance pour le changement en Côte d’Ivoire.

C’est donc dire que vous ne trouvez votre compte ni au Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) formé par les principaux partis d’opposition, ni au Congrès national de la résistance pour la démocratie (CNRD)proche du Chef de l’Etat?

J’ai du mal à me situer par rapport à ces blocs politiques, parce que je ne les trouve pas homogènes. Ils me semblent trop opportunistes. Je suis pour le moment dans le bloc des sans blocs. Je ne veux pas les déranger.

Quels rapports comptez-vous avoir avec les Forces nouvelles?

Pour le moment aucun. J’attend d’elles qu’elles se repentent et demandent sincèrement pardon aux Ivoiriens. Alors nous pourrons tous tourner la page et reconstruire et développer la Côte d’Ivoire ensemble.

Un Président de la République, c’est une équipe. Avec qui comptez-vous transformer la Côte d’Ivoire?

J’appartiens à une génération. Mais il y en a avant et après ma génération. Ce sont des cadres ivoiriens de valeur qui ne sont pas aujourd’hui dans des partis politiques, mais qui souffrent autant que tous les Ivoiriens, qui piaffent d’impatience que l’on leur donne l’occasion de montrer ce qu’ils savent faire. La Côte d’Ivoire n’a pas de problème de ressources humaines. Mais plutôt d’alternance politique.

Quelles alternatives pensez-vous constituer par rapport à la classe politique actuelle?

D’abord la paix. Le duel à trois est suicidaire pour les Ivoiriens .La paix c’est 5 points de PIB cadeau pour les Ivoiriens. Ensuite, la bonne gouvernance. Nous allons reproduire en grandeur nature ce que nous avons expérimenté dans le laboratoire douanier. La bonne gouvernance c’est encore 5 points de PIB cadeau pour les Ivoiriens. Enfin, le développement économique. La croissance économique, c’est la conséquence des deux premières. Disons, les intérêts des deux premiers placements.

Votre candidature est-elle un appel du pied à la communauté internationale pour vous intégrer dans un de ses réseaux importants?

Je fais partie de ceux qui ne croient pas du tout à la communauté internationale. Nous allons nous-mêmes développer notre pays ou nous n’allons pas le développer du tout. Je crois que les Ivoiriens commettent une grosse erreur en attendant tout de la communauté internationale. Qu’est-ce que la bonne gouvernance? Nous avons l’obligation de faire mieux que les Occidentaux en matière de bonne gouvernance. Ma candidature n’est un appel du pied à personne. C’est ma volonté de prendre mes responsabilités en tant qu’Ivoirien. Nous avons un beau pays, plein de ressources, de potentialités. Le problème reste les Ivoiriens, et non la communauté internationale.

Dans la vallée du Bandama, votre région d’origine, vous êtes le deuxième candidat déclaré à

la présidentielle. Ne craignez-vous pas l’émiettement de l’électorat de cette région?

Arrêtez de prendre les Ivoiriens pour des moutons, du bétail électoral. Si, on ne leur sert pas autre chose que les versets tribalistes habituels, ils n’iront pas voter, c’est tout.

M. le directeur général, l’affaire des déchets toxiques où vous avez été cité n’a pas encore livré ses derniers secrets d’autant que les résultats de l’enquête ouverte sont toujours attendus. Ne craignez-vous pas que votre candidature soit perçue comme un refuge pour échapper à la Justice

au cas où vous seriez inculpé?

Cette affaire ne peut pas livrer de secret parce qu’il n’en n’existe pas. On en cherche pour rien. Une société en plein jour, au mépris des lois et conventions internationales, a exporté, en toute connaissance, en Côte d’Ivoire, des déchets mortels. Elle est connue. Une autre, de droit ivoirien, les a déversés nuitamment. Où est le secret dans une telle affaire? Mais quelqu’un, à l’époque, a voulu noyer ses propres contradictions dans la lagune Ebrié, en saisissant cette affaire pour faire son show médiatique. Il a embrouillé la Justice. Voilà, c’est tout. Après, on demande aux gens pourquoi ils n’ont rien senti? Lui, ces déchets sont passés près de sa maison, pourquoi il n’a rien senti?

A qui faites-vous allusion?

La personne se reconnaîtra.

Vous parlez de Charles Konan Banny, Premier ministre à l’époque?

Il se reconnaîtra s’il s’agit de lui. Quelqu’un a dit que l’on ne cite pas ses contemporains. Il se reconnaîtra.

Quel regard jetez-vous sur le processus de paix en cours?

Nous sommes tous coupables. Mais que ceux qui ont tué et violé demandent pardon et déposent leurs armes qu’ils pointent contre leurs propres frères, pour que l’on avance. Le reste, c’est du gaspillage. Gaspillage en vies humaines, en ressources pour notre développement, en temps et en argent. Et la communauté internationale est en train de se lasser de nos bêtises, si ce n’est déjà le cas. Comme dirait l’autre, s’ils ne sont pas Président, ça fait quoi? J’ajoute, s’ils sont Président, ils vont faire quoi même?

Vous ne semblez pas croire en ce processus. Vous avez dit que seul Dieu connaît la date des élections.

La connaissez-vous, cette date, ou bien avez-vous rencontré quelqu’un qui la connaît? Toutes les conditions pour cette élection sont loin d’être réunies. Tandis que certains disent que l’on peut aller aux élections avant le désarmement. D’autres rétorquent, qu’il n’y aura jamais d’élection sans désarmement. Parle-t-on de deux élections, ou bien de la même? Pensez-vous qu’avec ces positions diamétralement opposées, on peut aller aux élections? Ou alors chacun va organiser les élections dans la zone qu’il dirige?

A votre avis, à quel moment les élections devraient-elles se dérouler? Avant ou après le désarmement?

Une élection sans désarmement? Dans un pays normal, où les citoyens se réclament de la même patrie, qui a un seul gouvernement, j’ai envie de vous retourner la question. On a trop tendance à accepter l’inacceptable dans ce pays. On ne peut organiser les élections avant le désarmement. Quand on a reconnu que l’on est des frères des mêmes pays, quand on a reconnu que la guerre n’est pas une bonne chose, quand on a reconnu que la population souffre à cause de cette guerre, on dépose les armes et on avance. Tant que l’on n’a pas déposé les armes, les conditions de la paix et du développement seront loin d’être réunies. On a aussi tendance à penser que les élections sont une panacée au développement. Mais cela est faut. La panacée au développement, c’est notre volonté de construire notre pays.

Quand quittez-vous la direction des Douanes puisque vous êtes candidat à la Présidence?

Quelle que soit la date des élections, la loi m’oblige, en tant que fonctionnaire, à démissionner six mois avant l’échéance électorale à laquelle je me présente. De toutes les façons, je me suis déjà préparé à partir. J’ai déjà fait mes valises et mes cartons. Je partirai au moment opportun. Avec les intentions que j’ai, moralement, la situation de vient de moins en moins supportable. Je prendrai mes responsabilités très bientôt.

Interview réalisée par
Franck Armand Zagbayou et Pascal Soro

Fraternité Matin,