Gnamien Konan est rentré samedi de mission. L'ex-Dg des Douanes qui n'est nullement surpris par son limogeage a pointé un doigt accusateur à l'endroit du Premier ministre Guillaume Soro.
A peine descendu à l'aéroport international Houphouët Boigny de Port-Bouët, Gnamien Konan a mis le cap sur la salle Anoumabo du Palais de la culture de Treichville où l'attendaient une centaine de partisans pour lui souhaiter le traditionnel akwaba. Celui qui est désormais l'ex-Directeur général des Douanes s'est prononcé sur son limogeage intervenu au moment où il était en mission en Belgique. Gnamien Konan qui n'est nullement surpris par ce limogeage a pointé un doigt accusateur à l'endroit du Premier ministre Guillaume Soro. «Il faut, après avoir limogé le Directeur général des Douanes, qu'on procède au désarmement sans délai. A quoi aurait servi ce sacrifice, si ceux qui ont les armes pointées contre leurs propres frères et leurs propres soeurs n'acceptent pas de déposer ces armes ? Le limogeage n'est pas le problème. J'ai dénoncé le fait qu'il y ait en Côte d'Ivoire un Premier ministre qui dirige deux territoires. En tant que directeur des douanes, j'ai dit qu'il n'était pas normal qu'on perçoive des taxes de l'autre côté et que les taxes d'ici (Ndlr, zone gouvernementale) servent à entretenir les Forces nouvelles. J'ai dénoncé la contrebande organisée par les forces dites nouvelles qui empêchaient la douane de faire de meilleures recettes. A partir de ce moment, je savais que le décret était en préparation», s'est défendu le «candidat à la candidature» à l'élection présidentielle. Gnamien Konan a révélé qu'il a appris la triste nouvelle le 1er avril, à deux heures du matin, par les soins d'un ami alors qu'il était à Paris. « Il était ému. Je ne comprenais pas bien son émotion puisque lui-même m'avait fait une confidence à l'aéroport Houphouët Boigny à Port-Bouët. Il m'avait dit : Gnamien, j'ai des informations pas très rassurantes. Le Premier ministre Soro Guillaume a entrepris des démarches pour te limoger », a-t-il ajouté.
Avant de s'interroger sur la «précipitation» avec laquelle la décision de son limogeage a été prise. «Quelle urgence il y avait ? On s'y attendait puisque le 10 mars, j'ai été reçu par le ministre de l'Economie et des Finances (Ndlr, Charles Diby). Ce dernier m'a dit : «Gnamien, tu as annoncé ta candidature. Tu m'as mis devant le fait accompli. Que ferais-tu à ma place ?». Je lui ai dit : Monsieur le ministre, c'est une décision personnelle. Je n'ai pas voulu vous mêler à cette affaire. Prenez la décision qui vous semble juste pour la Côte d'Ivoire. Depuis plus de cinq ans, nous avons travaillé ensemble pour que la Côte d'Ivoire résiste. Si vous avez quelques préoccupations par rapport à ma succession, je suis prêt à vous proposer une liste de personnes. Chacun avec ses forces et ses faiblesses pour que vous puissiez mieux l'encadrer. Ma préoccupation était de ne pas laisser cette administration aux mains de personnes dont je n'étais pas tout à fait sûr qu'ils allaient maintenir le cap. Sinon j'aurais démissionné », a expliqué Gnamien Konan pour qui son limogeage à la tête des douanes ivoiriennes est un «non évènement».
L'ex Dg des Douanes a réitéré sa reconnaissance au chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, qui lui a permis, pendant plus de sept ans, de servir son pays. Une oeuvre qu'il entend poursuivre en tant que président de la République. «A présent, a-t-il indiqué, je suis libre. Je vais pouvoir me consacrer à ce qui est important : le changement.» A en croire Gnamien Konan, les principaux leaders : Gbagbo, Bédié et ADO ont donné à la Côte d'Ivoire ce qu'ils pouvaient. Il faut passer le flambeau. «Voila le sens de mon combat», a conclu le candidat Gnamien qui a reçu le soutien de Martial Ahipeaud. Le président de l'Udl (Union pour le développement et les libertés) qui affirme qu'il «ne marche jamais avec les malhonnêtes, ni avec les voleurs, ni avec les bandits» veut faire équipe avec Gnamien Konan pour une vraie alternance en Côte d'Ivoire.
Jean Roche Kouamé
Nord-Sud, 7 Avril 2008